Le microcrédit : instrument financier mature
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Le microcrédit : utopie ou réalité ?

En 1998, Jacques ATTALI créa PlaNet Finance (www.planetfinance.asso.fr et planetfinance.org), un cabinet d'études sur le microcrédit ; son rôle est d'étudier les systèmes d'aides à plusieurs dizaines de pays pauvres. Le recul dont nous disposons aujourd'hui nous permet de constater que, sous certaines conditions, le microcrédit peut faire reculer la pauvreté.

Qu'est-ce que le microcrédit ? Quelle est son originalité par rapport aux crédits classiques ? Comment est-il né et comment fonctionne t-il ? Dans quelles régions du globe se développe t-il ? Quels sont les résultats de la microfinance et quels espoirs peut-on y placer ?

Le constat de départ

Le constat de départ est édifiant : 1,2 milliard de personnes dans le monde vit avec moins de 1 dollar par jour et 2,5  milliards avec moins de 2 dollars (Le Nouvel Observateur 22-28 septembre 2005). Le microcrédit est un système de miniprêts directs (10, 20 ou 150 dollars) qui permet de se passer et des banques, des usuriers et des filières traditionnelles soumises à la corruption ; du coup, c'est un outil efficace de lutte contre la drogue ou contre l'islamisme intégriste. Par ailleurs, l'aide allant directement aux demandeurs, hors de tout circuit public, elle évite toutes les déperditions de l'aide au développement. Pour Jacques ATTALI, il suffirait de 3 milliards de dollars, c'est-à-dire 2 millièmes du PIB de la France ( 3 dix millièmes du PIB des USA) pour enclencher un mouvement de résorption de la pauvreté. Rappelons que, depuis trente ans, les pays riches se sont engagés à porter le montant de l'aide au développement de 0,4% à 0,7% de leur richesse et ils n'y arrivent pas. Or le microcrédit  représente 2% des 0,4% de l'aide actuelle ! (Voir également sur ce point "On ne prête qu'aux riches" de Maria NOWAK chez JC Lattès).

Le principe de fonctionnement du microcrédit

Le microcrédit est moins connu que son corollaire le commerce équitable ; sans microcrédit aux défavorisés, pas de consommation, ni d'investissement. Et par conséquent, pas de création de richesse ni de développement possible. Le fonctionnement du microcrédit est simple : ce sont des miniprêts (10, 20 ou 50 dollars) qui court-circuitent les usuriers et qui sont consentis à des paysans, des artisans, petits commerçants pour leur permettre d'acquérir les petits équipements (le capital) dont ils ont besoin pour leur affaire et qui les rendent autosuffisants. Ces prêts n'intéressent pas les banquiers du Nord car ils sont de montants dérisoires, mais intéressent les agents économiques des pays du Sud. C'est la meilleure façon de permettre aux chômeurs de sortir du cercle vicieux de l'exclusion.

C'est Muhammad YUNUS, citoyen du Bangladesh, qui, à la fin des années soixante-dix, prit l'initiative d'accorder à ses compatriotes de minuscules prêts pour fabriquer des chaises en bambou et des paniers tressés, puis à des femmes pour l'achat de machines à coudre. Le résultat dépassa toutes ses espérances ; il créa alors la Grameen Bank ("grameen" signifie village) pour développer le système. Contre l'avis du gouvernement, il continue d'accorder des microprêts jusqu'à l'officialisation de la Grameen Bank. Cette banque compte, aujourd'hui, plus de trois millions de clients, ses encours s'élèvent à 300 millions de dollars et le taux de remboursement est de 98,7 % à l'instar des autres institutions de ce type.

Muhammad YUNUS a fait école : la Banque mondiale et l'ONU parrainent une campagne, en 2005 dont l'objectif est de faire accéder 100 millions de familles au microcrédit. Le pari est en passe d'être gagné grâce à l'intervention de près de 10 000 instituts de microfinance dans plus de cent pays.

Le microcrédit n'est pas la solution miracle

Des zones d'ombre subsistent : la pauvreté progresse plus vite que le microcrédit et celui-ci n'est pas tiré par l'implication de très grands noms de la planète comme c'est le cas pour la faim dans le monde ou le sida avec Bill Gates, Georges Soros ou Bill Clinton... Attali est pessimiste et craint que la misère ne provoque sous peu une menace réelle pour nos économies. Dans Libération du 6 août 2005, il évoque d'éventuels risques d'attentat perpétrés par des désespérés pour nous faire prendre conscience, par exemple, que 1 milliard d'hommes ne boivent jamais d'eau potable et que la quantité d'eau par habitant sur la planète sera divisée par quatre dans les quarante prochaines années.

Signalons enfin que PlaNet Finance lance avec l'université de Paris-Dauphine, la Wageningen Universiteit de Hollande et la Solvay Business School le premier diplôme européen en microfinance, le EMP (European Microfinance Program), un programme d'un an qui sera intégré au master en développement durable appliqué de Dauphine.

Sources :

L'Adie : 01-56-03-59-00

France initiative réseau : www.fir.asso.fr

France active : www.franceactive.org

Entreprendre en France : www.entreprendre-en-france.fr

www.planetfinance.org : le site du cabinet d'études sur le microcrédit de Jacques Attali.

Le Monde - 21/06/2005 Le microcrédit est devenu un instrument financier mature.

Le Nouvel observateur - 22-23 sept 2005  Trois milliards suffiraient.

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