Théorie des conventions
L'économie des conventions est un courant de pensée
apparu au milieu des années quatre-vingt, sous l'impulsion
d'économistes et de sociologues qui réfléchissaient
aux formes d'organisation du travail, aux comportements sur les
marchés financiers et aux normes qui régissent les
relations entre les entreprises.
Le numéro spécial de mars 1989 de la "Revue
économique" présente "L'économie
des conventions".
Tout en voyant des apports dans les analyses néo-classiques,
les auteurs suggèrent " des modifications structurelles
remettant en cause des hypothèses parfois restées
implicites auparavant", et proposent "l'élaboration
ou la réélaboration de concepts étrangers
au cadre néo-classique".
Ils se fixent pour objectif de construire "un cadre d'analyse
en partie original", sans procéder "à
une mise en cause de l'économie de marché, qui amènerait
à remplacer ses concepts par des catégories directement
empruntées à d'autres disciplines". Les économistes
des conventions reprochent aux néo-clasiques de ne pas
accorder assez de place aux institutions, et d'en accorder une
trop grande au principe de rationalité.
Olivier Favereau pense qu'on peut caractériser l'économie
des conventions comme une synthèse de l'approche néo-classique
des contrats et de l'hypothèse de rationalité limitée
(H.Simon).
L'hypothèse centrale de l'économie des conventions
consiste à avancer que "l'accord entre individus,
même lorsqu'il se limite au contrat d'un échange
marchand, n'est pas possible sans un cadre commun, sans une convention
constitutive".
Ainsi, une convention peut être définie comme "un
système d'attentes réciproques sur les compétences
et les comportements, conçus comme allant de soi et pour
aller de soi". C'est également "l'organisation
sociale au travers de laquelle la communauté se dote d'une
référence commune, produit une représentation
collective extériorisée qui fonde les anticipations
individuelles" (André Orléan).
A la différence d'un contrat, "où chaque détail
serait explicité", losqu'il y a convention, "
les comportements attendus n'ont pas besoin d'être connus
à l'avance, écrits puis ordonnés pour être
obtenus".(On est dans le domaine du compromis).
La convention ainsi définie "permet d'écarter,
provisoirement, les forces destructrices du soupçon et
de la défiance". Dans ce sens, la convention apporte
une promesse de solution au problème de coordination des
décisions entre agents.
O.Favereau : "Marchés internes, marchés externes",
1989, Revue économique n°2. |